Tout au long du 20ᵉ siècle, la sauvegarde du patrimoine est en partie la compétence des communes et des municipalités. Comment se chargent-elles de cette responsabilité, et avec quels outils, dans un contexte de patrimonialisation accrue ?
Avec
- Maryvonne de Saint Pulgent, écrivaine, haute fonctionnaire, ancienne directrice du patrimoine au Ministère de la Culture (1993-1997)
- Yolaine Proult, directrice générale de France Tiers-Lieux
- Noé Wagener, professeur de droit public à l’université Paris-Est Créteil
Résumé : Ce podcast offre une perspective historique et contemporaine sur l’engagement des municipalités françaises dans la politique patrimoniale, montrant que la culture et le patrimoine ne sont plus uniquement des objets de conservation, mais des instruments vivants de cohésion locale, d’identité territoriale et de projet politique au cœur de l’action municipale.
Introduction: Quelle gloire et quelle fierté d’avoir, dans sa commune, un bâtiment historique. Quelle chance, aussi, car cela attire les touristes et stimule l’économie. Quelle émotion, enfin, de disposer d’une petite église, qui a rythmé la vie de tant de générations, d’une usine, ou d’une mine, auxquelles nous sommes intimement attachés… Pour les municipalités, pourtant, quel casse-tête, quand le clocher fuit et les pierres se descellent.
Protéger le patrimoine, un projet politique
Le 20ᵉ siècle voit l’élargissement de la notion de patrimoine, avec une augmentation du nombre de monuments à préserver et à entretenir, ce qui entraîne aussi des coûts plus élevés pour les collectivités. « Sans dire que le patrimoine de la France est en péril, il y a beaucoup de problèmes et une insuffisance de financement par rapport à la dilatation du patrimoine. De plus en plus de monuments [sont protégés] au titre des monuments historiques, et les financements ne suivent pas »,analyse Maryvonne de Saint Pulgent, ancienne directrice du patrimoine au ministère de la Culture (1993-1997) et autrice d’Alerte sur le patrimoine(Tracts Gallimard, 2026).
La loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État entérine le transfert de la charge des édifices religieux aux communes, tant qu’ils ne sont pas classés. Les cathédrales en revanche restent sous la responsabilité de l’État. Peu à peu, la protection du patrimoine se structure, y compris dans son volet juridique, avec la loi de 1913 sur les monuments historiques, qui fait croître substantiellement le nombre de monuments, d’espaces et d’objets protégés. Sont également intégrés dans le champ du patrimoine à conserver des édifices relativement nouveaux, comme des témoins de l’architecture moderniste, des friches industrielles, ou encore des grands ensembles. Noé Wagener, professeur de droit public à l’université Paris-Est Créteil, souligne ainsi la monopolisation de l’État dans l’histoire de la protection du patrimoine. Néanmoins, le chercheur fait remarquer qu’il existe depuis le 19ᵉ siècle « des tentatives de donner des pouvoirs aux municipalités pour identifier elles-mêmes leur patrimoine », ainsi que « des stratégies d’utilisation d’outils de l’État pour venir protéger du patrimoine. » Il cite en ce sens le Code de l’urbanisme que certaines municipalités mobilisent pour identifier des édifices et des espaces patrimoniaux.
