Derrière chaque clocher restauré, chaque jardin préservé et chaque animation réussie, il y a des visages, des mains et des convictions.
Le patrimoine est une matière vivante, portée par des femmes et des hommes qui « agitent » leur territoire avec passion et pragmatisme.
Avec « Regards d’Agitateurs », nous donnons la parole à ceux qui, sur le terrain, font la restauration / l’animation de notre patrimoine.
Élus, propriétaires privés, bénévoles ou professionnels de la restauration, du tourisme… ils partagent ici leurs réussites, leurs doutes, leurs « coups de gueule », leur vision et leurs conseils.
L’objectif ? Partager nos expériences pour ne plus jamais avancer seul.
Rencontre avec Christian Nisse

Un mot pour vous présenter ?
Je suis le président depuis 1989 de l’ADTLB (Association de Développement Territorial Local du Bessin) association créée en 1980. L’association a pour mission de favoriser l’accès à la culture pour tous, de valoriser et animer le patrimoine du Bessin sur le territoire des 102 communes qui adhérent à l’association, directement ou à travers leur communauté de communes, représentant quelque 55 000 habitants.
L’association organise environ 50 manifestations par an, incluant des concerts, principalement dans des lieux patrimoniaux, et des animations comme « Mon village se raconte », où les habitants fouillent dans la mémoire du lieu et partagent leur histoire. Ces initiatives permettent de faire découvrir des sites – des grands édifices au petit patrimoine rural – parfois méconnus du grand public et d’intégrer les citoyens dans la vie locale. Nous nous attachons également à faire découvrir ce patrimoine à notre jeunesse, et, de l’autre côté de la vie, à apporter par nos animations, de la joie et de la lumière dans les maisons de retraite où nous avons également entrepris de collecter la mémoire auprès de nos anciens.
Votre première pierre ? Ce qui a motivé votre engagement dans le domaine patrimonial et culturel ?
Il n’y a pas eu, dans mon cas, d’événement déclencheur unique, mais une sensibilisation naturelle qui a débuté tôt, dès l’âge de 16 à 18 ans, par la création d’une maison des jeunes. Cet intérêt précoce pour la vie sociale locale s’est ensuite développé dans le domaine du patrimoine et de la culture.
Votre principal défi ?
Mon défi principal est de constamment sensibiliser les élus et les habitants, à l’importance du patrimoine, qui est à la fois un héritage du passé, mais aussi un vecteur bien actuel de développement touristique et culturel, un facteur de lien social si précieux dans cette période individualiste.
Cette sensibilisation est cruciale quand on connaît la fragilité de ce patrimoine, notamment les édifices religieux, confrontés au manque de moyens.
Indépendamment des croyances religieuses de chacun, c’est l’âme de nos villages qu’il faut préserver et faire vivre !
Votre principale joie ?
Notre joie principale est la satisfaction des participants et des élus lors des manifestations que nous organisons. Certains maires nous disent “Formidable ! Je ne pensais pas possible de rassembler autant de gens dans ma petite église”.

Votre coup de gueule ?
Ce qui me choque le plus, c’est l’indifférence, le défaitisme.
Heureusement, la mobilisation générale autour de ce sujet et la crédibilité bâtie par l’association au cours de ses 40 années d’existence contribuent à rendre ces attitudes plus rares sur notre territoire.
Une erreur à éviter ?
Vouloir aller trop vite / trop seul.
Pour aller loin et tenir la distance, il faut vaincre cette tentation, bien naturelle, de prendre des décisions et des orientations seul, et de ne pas partager assez avec les autres. L’expérience accumulée ne suffit pas ; il faut aussi la transmettre et fédérer les énergies. La pérennité de l’action ne peut pas reposer seulement sur le bénévolat : elle nécessite d’avoir un personnel salarié compétent et dévoué à la cause que nous défendons.
Pourquoi soutenez-vous les Z’Agitateurs ?
J’ai accepté de rejoindre le conseil d’administration des Z’Agitateurs car je suis convaincu que les acteurs du patrimoine ont besoin de se fédérer pour se connaître et partager leurs expériences.
Je conçois les Z’Agitateurs comme un lieu d’échange permettant aux acteurs du patrimoine de puiser des idées, d’apprendre des succès et des échecs des autres, et d’éviter l’isolement dans leurs démarches.
