Accueillir la biodiversité – une contribution LPO / CMN

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Ce guide résume les axes stratégiques, techniques et réglementaires du guide méthodologique co-édité par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et le Centre des Monuments Nationaux (CMN). (Article co élaboré avec Gemini).

Conçu pour les gestionnaires de sites, les élus, les propriétaires privés et les associations de terrain, ce guide démontre que la conservation du patrimoine bâti et la préservation de la biodiversité locale ne sont pas antinomiques, mais constituent deux facettes d’une même démarche de valorisation territoriale.

1. Le cadre réglementaire et les enjeux de la cohabitation

La prise en compte de la biodiversité sur les édifices historiques s’inscrit dans un cadre juridique strict que tout gestionnaire doit maîtriser avant d’engager des travaux de restauration ou d’aménagement :

  • Protection stricte des espèces : La quasi-totalité des oiseaux du bâti (hirondelles, martinets, rapaces nocturnes) ainsi que l’ensemble des espèces de chauves-souris (chiroptères) bénéficient d’un statut de protection nationale. La destruction, l’altération ou la dégradation de leurs sites de reproduction ou de repos sont interdites par le Code de l’environnement, sous peine de sanctions pénales.
  • Dérogations et calendriers : Lorsqu’une intervention sur le bâti (rejointoiement, réfection de toiture) impacte une espèce protégée, une demande de dérogation pour destruction de gîte doit être déposée auprès de la DREAL. Les chantiers doivent impérativement intégrer un calendrier d’exécution adapté pour éviter les périodes de nidification (généralement d’avril à août) ou d’hibernation pour les chiroptères.
  • Coordination avec l’ABF : Toute modification architecturale, y compris l’intégration de dispositifs écologiques (nichoirs, ouvertures de combles), doit faire l’objet d’un avis conforme de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) pour veiller au respect de l’intégrité patrimoniale et esthétique du monument.

2. Stratégies de préservation de la faune inféodée au bâti

Le bâti ancien offre une multitude de micro-habitats (fissures, anfractuosités, combles, boulins) qui pallient la raréfaction des cavités naturelles dans les forêts contemporaines.

A. Les Chiroptères (Chauves-souris)

Les monuments historiques (châteaux, abbayes, églises) abritent des colonies de mise-bas ou d’hibernation cruciales pour la survie des espèces comme le Grand rhinolophe ou le Murin à oreilles échancrées. Le guide préconise :

  • Le maintien d’accès spécifiques dans les combles ou les clochers (chatières de toiture non grillagées, ouverture minimale de 7 x 20 cm).
  • L’absence totale d’éclairage direct sur les points d’envol des colonies (les chauves-souris étant strictement lucifuges).
  • L’utilisation exclusive de produits de traitement des bois certifiés non toxiques pour la faune (bannir les produits contenant des pyréthrinoïdes de synthèse).

B. Les Oiseaux du bâti

Les Hirondelles (de cheminée et de fenêtre) et les Martinets noirs subissent un déclin alarmant dû à la rénovation des façades qui supprime leurs possibilités d’accroche. Les mesures recommandées incluent :

  • La pose de nids artificiels en béton de bois lors des ravalements de façades, installés sous les corniches ou les avant-toits.
  • L’installation de bacs à boue au sol au printemps pour fournir les matériaux nécessaires à la construction des nids naturels.
  • La mise en place d’aménagements spécifiques dans les clochers ou les tours pour les rapaces (Chouette effraie, Faucon crécerelle) via des nichoirs intérieurs à chicane.

3. Gestion écologique des espaces verts et des abords du monument

Les parcs, jardins, douves et cours qui entourent les monuments historiques forment une zone tampon essentielle. Le guide formalise l’abandon des pratiques horticoles traditionnelles au profit d’une gestion différenciée.

Milieu concernéPratique traditionnelle à abandonnerPratique écologique préconiséeBénéfice majeur pour le site
Pelouses et parcsTonte rase systématique (gazon anglais) 15 à 20 fois par an.Fauche tardive (1 à 2 fois/an) avec export du foin et méthode centrifuge.Floraison des orchidées sauvages, retour des pollinisateurs et des insectes.
Arbres et bosquetsÉlagage sévère, dessouchage et évacuation systématique du bois mort.Maintien des arbres sénescents sécurisés, création de tas de bois mort au sol.Habitat pour les insectes saproxyliques, les pics et les champignons résidents.
Clôtures et limitesHaies monospécifiques de thuyas ou de lauriers taillées au carré.Haies champêtres composites d’espèces locales (noisetier, aubépine, sureau).Ressource en baies pour les oiseaux en hiver et corridors de déplacement.
Zones humides (douves, mares)Curetage chimique ou mécanique complet et artificialisation des berges.Pente douce sur les berges, entretien par tiers des roseaux, zéro traitement.Reproduction des batraciens (tritons, grenouilles) et des libellules.

4. Pratiques écoresponsables et neutralisation des pièges mortels

L’aménagement d’un site pour le public génère des risques accidentels majeurs pour la faune sauvage que le guide permet d’identifier et de corriger :

  • La pollution lumineuse : Les mises en lumière architecturales nocturnes perturbent gravement les rythmes biologiques de la faune. Le guide recommande d’orienter les flux lumineux du haut vers le bas, de couper les illuminations après 23h, et d’utiliser des lampes LED à température de couleur chaude (inférieure à 3000 Kelvins, idéalement 2200K) pour limiter l’attraction mortelle des insectes.
  • Les surfaces vitrées : Les grands vitrages des accueils ou des musées provoquent des collisions souvent mortelles pour les passereaux. La pose de marqueurs visuels (bandes dépolies, motifs espacés selon la règle de la main) est préconisée, de préférence aux silhouettes de rapaces isolées qui s’avèrent peu efficaces.
  • Les poteaux creux et cavités pièges : Les poteaux de signalisation ou de clôture non obturés se transforment en pièges mortels où les oiseaux et petits mammifères s’introduisent et meurent de faim. L’installation de bouchons ou de capuchons sur l’ensemble de ces structures est une mesure simple, rapide et peu coûteuse.

5. Médiation culturelle et valorisation auprès des publics

Le guide insiste sur l’opportunité marketing et culturelle que représente la biodiversité pour renouveler l’offre touristique d’un monument historique :

  • Panneautage pédagogique : Expliquer les zones en fauche tardive ou la présence de nids permet de transformer une contrainte visuelle perçue (herbe haute) en un choix de gestion écoresponsable valorisant pour l’image du site.
  • Animations croisées : Développer des visites thématiques « Histoire et Nature » (ex: « Les animaux de pierre et les animaux de chair de l’abbaye ») pour attirer de nouveaux publics, notamment les familles et les naturalistes.
  • Sciences participatives : Impliquer les visiteurs ou les écoles locales dans des protocoles simples de comptage (comme l’observatoire des oiseaux des jardins de la LPO) pour ancrer le monument dans son tissu social local.